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Accueil > Actualité, agenda, événements > Homélies et lettres pastorales > 16 avril 2019 - Homélie de la Messe Chrismale

16 avril 2019 - Homélie de la Messe Chrismale

En pleine semaine sainte, la liturgie de la messe chrismale nous plonge au cœur de la vie de l’Église. Vous me direz, elle n’est pas belle cette vie avec tous les scandales qui marquent cette Église, avec des victimes d’abus et de violence de disciples du Christ. À l’exemple de Saint-François d’Assise, « nous sentons bien que nous n’aurons pas seulement à rebâtir notre cathédrale » vient d’écrire à ses diocésains Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, « mais aussi à reconstruire notre Église dont le visage est blessé ».
Ce soir, sans fermer les yeux sur ce que je viens d’évoquer, nous sommes invités à regarder cette même Église à partir de Dieu. La vie de l’Église est habitée et traversée par le don du Père, par le don que le Christ fait de lui-même « pour que le monde ait la vie et la vie en abondance... », par le don de l’esprit qui reposait
sur Jésus : « l’esprit repose sur moi pour annoncer... ».
Chacun des membres de l’Église, dans la diversité des dons, des charismes, des états de vie et des ministères, se découvre, à la suite du Christ, consacré et envoyé, comme l’a exprimé la prière d’ouverture : "Puisque tu nous as consacrés en Lui (le Christ), fais que nous soyons pour le monde les témoins de l’Évangile de Salut". C’est notre demande, car c’est la raison d’être du don de l’Esprit qui nous est fait.
Cette liturgie de la messe chrismale vient nous rappeler que nous sommes consacrés, marqués par l’onction du Christ, afin de lui être semblables, afin d’être configurés au Christ.
Nous sommes tous marqués par l’onction de l’Esprit-Saint, fidèles laïcs du Christ, fidèles religieuses et religieux du Christ, fidèles diacres du Christ, fidèles prêtres et évêque du Christ parce que n’avons pas d’autre vocation et mission que d’être des disciples-missionnaires en engageant notre vie avec le Christ, à la suite du Christ.
Tous ceux qui aiment en vérité le savent bien, aimer, ce n’est pas donner des choses, « aimer c’est tout donner et se donner soi-même », «  je te reçois comme époux, comme épouse et je me donne à toi pour nous aimer fidèlement dans le bonheur et dans les épreuves tout au long de notre vie » se promettent les époux chrétiens. « Seigneur Jésus dans la force de ton Esprit, je désire me consacrer au règne du Père dans le service des hommes » proclament des religieuses lors de leur profession. Les diacres ont été consacrés à la diaconie, au service de la mission l’Église, ils ont promis de conformer leur vie à l’exemple du Christ au service de ces petits qui sont leurs frères et sœurs. Les prêtres que nous sommes, avons exprimé notre volonté de nous « unir davantage au souverain prêtre Jésus Christ qui s’est offert pour nous et de nous consacrer à Dieu, de nous donner pour le salut du genre humain ».
Les engagements pris lors des ordinations sont scandés par un « oui je le veux » qui se concluent par « oui,je le veux, avec la grâce de Dieu ». Cela signifie qui faut vouloir tout l’engagement de notre vie, mais qu’il nous faut aussi le demander et le recevoir : demander au Seigneur et recevoir de lui ce dont nous avons besoin pour exercer les responsabilités, pour remplir le service qu’il nous confie dans son Église.
Demander et recevoir du Seigneur de nos vies, ce que nous ne pouvons ni nous attribuer ni nous donner nous-mêmes.
C’est pour cela que l’Esprit même de Dieu est invoqué et répandu sur nous dans tous les sacrements, pour nous donner ce que nous ne pouvons ni nous attribuer ni nous donner nous-mêmes et que cependant nous voulons en réponse à son appel : être entraînés plus avant dans l’aventure des disciples du Christ.
Ainsi dans les sacrements de l’initiation chrétienne, sous le signe du Saint-Chrême, l’Esprit nous consacre pour une vocation qui est une mission.
• Dans les eaux baptismales, l’Esprit-Saint nous est donné au baptême pour être et vivre en enfant de Dieu et donc en frères et sœurs.
• Par l’onction de la confirmation, l’Esprit-Saint fait de nous des adultes dans la foi pour être dans le monde les témoins dont le Seigneur a besoin.
• Après l’imposition des mains et le don du Saint-Esprit, nous recevons l’onction du Saint-Chrême dans nos mains pour devenir les serviteurs du don de Dieu et les serviteurs de son peuple comme prêtres à la suite du Bon pasteur.
• Le Saint-Chrême a aussi été versé sur ma tête pour faire de moi un membre du collège des successeurs des apôtres pour conduire et guider l’Église de Dieu qui est en Essonne dans la fidélité à l’Évangile et la docilité à l’Esprit.
• Si l’Église vit de l’Eucharistie de son Seigneur, alors l’existence de chrétien que nous sommes doit aussi avoir une « forme eucharistique ». Les paroles de l’institution de l’Eucharistie ne sont pas seulement une formule de consécration, mais aussi une « formule de vie pour nous ».

  • Pour nous prêtres, « Il ne nous est pas possible de répéter les paroles de la consécration sans nous sentir personnellement engagés… apprendre à dire, en vérité et avec générosité : « Prenez et mangez ».
    En effet, notre vie a du sens si nous savons faire de nous-mêmes un don, nous mettant à la disposition de la communauté et au service de tous ceux qui sont dans le besoin »
    . Jean Paul II aux prêtres 2005.
    _* C’est vrai aussi pour tous les membres du peuple sacerdotal que nous formons. En chaque eucharistie, nous demandons que notre union, notre communion au Christ-Jésus nous entraîne à aimer comme il nous a aimés, en donnant notre vie. « Que l’Esprit Saint fasse de nous une éternelle offrande à ta gloire ». Prière eucharistique n° 3 « accorde à tous ceux qui vont partager ce pain et boire à
    cette coupe d’être rassemblés par l’Esprit Saint en un seul corps pour qu’ils soient eux-mêmes dans le Christ une vivante offrande à la louange de ta gloire. »
    (Prière Eucharistique n°4)
    Oui, ce que nous voulons mais ne pouvons ni nous attribuer ni nous donner nous-mêmes, il nous faut aussi le demander et le recevoir de l’Esprit-Saint qui nous entraîne à faire de nos vies avec le Christ des vies données, des vies qui aiment.

Les récits de la passion de cette semaine nous invitent à ne pas présumer de nos propres forces. Les disciples sont à coté de ce qui est en jeu, préoccupés de savoir lequel d’entre eux est le plus grand au moment où Jésus vient résolument d’engager sa vie : « Ceci est mon corps, donné pour vous. Cette coupe est la nouvelle Alliance
en mon sang répandu pour vous »
. Et aucun de ceux qui se querellent ne tiendra !
Ce soir, renouveler nos engagements d’ordination pris par amour du Christ, par amour de tous ces frères et sœurs qui sont les membres de son corps, qui est l’Église et par amour des hommes que Dieu aime ; renouveler dans quelques jours la profession de foi baptismale, c’est raviver notre conscience, notre volonté et
notre amour, c’est aussi raviver le don qui nous a été fait de l’Esprit comme le rappelle l’apôtre Paul à Timothée (2, Tim 1, 6-10) : « Voilà pourquoi, je te le rappelle, ravive le don gratuit de Dieu, ce don qui est en toi depuis que je t’ai imposé les mains. Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération. N’aie donc pas honte de rendre témoignage à notre Seigneur, et n’aie pas honte de moi, qui suis son prisonnier ; mais, avec la force de Dieu, prends ta part des souffrances liées à l’annonce de l’Évangile. »
Ce soir, je ne peux m’empêcher de penser que le Christ, aujourd’hui encore, appelle de jeunes hommes à le suivre dans cette voie. Je pense à ce dialogue imaginé entre une mère et son enfant par le philosophe et dramaturge Fabrice Hadjadj, un homme juif, au nom arabe, chrétien catholique.
La Mère : « Eh bien mon enfant, te voici tout proche du premier carrefour ; il va de falloir penser à un métier, te choisir une orientation, et comme tu es capable il ne suffit que de vouloir : l’école normale la faculté, l’institut X Y ou Z selon ce que tu peux faire. »
Le Fils : « Je veux faire laveur de pieds ».
La mère : « Que dis-tu c’est pour rire. Tu n’y penses pas, un garçon doué comme toi, réponds-moi avec sérieux ».
Le Fils : « ce n’est pas pour rire, je veux faire laveur de pieds ».
La mère : « ce n’est pas possible, ce n’est pas un métier ».
Le Fils : « rien n’est impossible à Dieu maman. »
La Mère : « mais ça n’est pas un métier. »
Le Fils : « C’est un métier de l’Éternel. »

Amen

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Mgr Michel Pansard
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La Croix